Hausse des prix alimentaires et pays en développement

Allocution prononcée par Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, au petit déjeuner de travail organisé à l’occasion de la réunion à haut niveau du CAD

Centre de conférences de l’OCDE, 21 mai 2008
 

Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand plaisir d’être présent aujourd’hui parmi vous pour parler du défi crucial que pose la hausse des prix alimentaires.

Dans un monde où la moitié de la population subsiste avec moins de 2 dollars par jour et où près de 5 milliards de personnes vivent dans des pays en développement très pauvres, la conjonction actuelle de raréfaction des denrées alimentaires et d’augmentation des prix n’augure rien de bon.

Les pénuries alimentaires qui s’installent sur toute la planète et l’envolée des prix ont pris de court la plupart des prévisionnistes. Pour y faire face, une coordination et des décisions multilatérales s’imposent. C’est la raison pour laquelle je suis très heureux de voir que le CAD accorde une grande attention aux effets de la hausse actuelle des prix alimentaires ─ et aux perspectives qui en découlent pour les pays en développement.

Cette situation induit déjà de lourdes conséquences. Elle pourrait notamment porter un coup d’arrêt aux progrès bienvenus de maints pays en développement vers la croissance, le développement et la réduction de la pauvreté.

Même si, selon nos projections, les prix des produits alimentaires ne resteront pas aussi élevés qu’aujourd’hui, il apparaît évident qu’ils demeureront très supérieurs à leurs tendances passées. En moyenne sur les dix années à venir, les prix des céréales, du riz et des oléagineux devraient être supérieurs de 10 % à 35 % (en termes réels) à ceux enregistrés au cours de la décennie écoulée. Il est donc impératif que les gouvernements nationaux et la communauté internationale oeuvrent de concert pour remédier à ce problème.

Les causes de ces difficultés sont à la fois complexes et variées – les aspects cycliques et structurels se renforçant mutuellement. Citons, entre autres, les sécheresses qui ont touché les régions céréalières, la faiblesse des stocks, le développement de l’utilisation de matières premières agricoles pour la production de biocarburants, la hausse des prix du pétrole, la dépréciation du dollar des Etats-Unis, et la progression de la demande dans les grands pays en développement à croissance rapide. Par ailleurs, les mesures de réduction des exportations prises par plusieurs pays producteurs, bien que compréhensibles sur le plan intérieur, aggravent une situation qui appelle une action internationale concertée.

Les conséquences pour les pays en développement revêtent de nombreuses formes, dont certaines sont favorables et d’autres défavorables.

L’augmentation des prix devrait stimuler les investissements dont le secteur agricole a cruellement besoin et, à terme, accroître l’offre. D’aucuns estiment que “la solution à la hausse des prix est d’avoir des prix élevés ”, et ce principe est communément admis.

Néanmoins, les pauvres, en particulier ceux qui vivent dans des zones urbaines, souffrent déjà, soit directement de la réduction de la quantité et de la qualité des aliments qu’ils sont en mesure d’acheter, soit indirectement de la baisse des moyens qu’ils peuvent consacrer à la santé, à l’éducation et à d’autres déterminants de plus long terme de leur capacité à sortir de la pauvreté.

La crise appelle des actions rapides et efficaces.

Tout d’abord, il faut répondre aux besoins immédiats et urgents d’aide alimentaire et humanitaire afin de mettre un terme au risque de sous-alimentation des pauvres. La communauté des pays donneurs a jusqu’à présent répondu avec célérité et générosité à l’appel lancé par les Nations Unies et le Programme alimentaire mondial.

Il nous faut également apporter une contribution immédiate, qui consiste à analyser de manière approfondie, à partir des faits, les causes et les conséquences de l’augmentation des prix alimentaires en mettant l’accent tout particulièrement sur les réponses efficaces en matière d’action publique.

En conséquence, je propose de lancer, à l’occasion de la prochaine réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres, un vaste projet multidisciplinaire (“horizontal”) consacré à cette thématique. Il portera notamment sur le suivir des évolutions à court terme et l’organisation d’ une série d’évènements à haut niveau dans le cadre desquels les gouvernements des pays membres et des pays non membres majeurs pourront envisager ensemble des solutions (dans des domaines tels que les subventions, la technologie des semences, l’utilisation de l’eau et des terres, les rendements et la productivité, les questions économiques et financières, ainsi que les politiques et les échanges agricoles).

A moyen terme, il faudra nous assurer que le pouvoir d’achat des consommateurs pauvres s’améliore de façon à leur offrir un meilleur accès aux denrées alimentaires, même à des prix élevés. Une approche d’ensemble sera nécessaire, qui reliera la question des prix à celle du renforcement des programmes de développement dans les pays pauvres. Il s’agit là d’une tâche particulièrement mobilisatrice pour la communauté de la coopération pour le développement.

La hausse des prix alimentaires devient une véritable urgence planétaire. La diversité et la complexité de ses causes exigent une réponse collective de grande ampleur. L’OCDE est particulièrement bien placée pour réaliser cette évaluation d’envergure et apporter les solutions multidisciplinaires nécessaires.

Pour la mise au point de cette initiative horizontale de l’OCDE visant à définir des politiques publiques globales, je compterai très largement sur le CAD pour étudier et étayer des solutions innovantes susceptibles de permettre aux différents pays de remédier à ce fléau. Avec la même créativité et le même sens de l’opportunité que manifestent aujourd’hui certains des investisseurs négociant des contrats à terme sur le blé, le soja ou le bétail, nous devons mettre nos connaissances et notre inventivité au service des pays les plus vulnérables, afin de les aider à faire face à leurs problèmes de sécurité alimentaire sur le long terme, tout en faisant de leur secteur agricole, lorsque cela est possible, un véritable moteur de leur développement.

Je vous remercie.

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